6 de novembro de 2013

abismo

entre mim e ti,
era a impossibilidade.
não tuas palavras,
indícios de metades,
não teus gestos rasos
sobrevoando o cume,
não teus olhos de sede
entornados n'alma,
não tua nuca aberta
e minhas mãos fechadas.

não a tua cidade,
mas a nossa.

entre mim e ti,
era a lucidez dos corpos,
do perigo dos corpos
mergulhados n'água.
era o amor: processo
de criar sentidos.
era o amor sentido,
despronunciado.
tuas palavras aflitas,
teus olhos em gesto,
tuas mãos líquidas,
teu mistério -
e minha boca
a beijar-te o ar,
teu ar a roubar-me
o calor da boca:
tudo quanto exprimes
e retiras,
tudo quanto existe
sem nascer - e finda.

20 de outubro de 2013

comment commencer par le début ? – ou la dialectique du soulagement – ou encore : l'impossibilité de ne pas exister

chacun trouve sa manière de se soulager du poids que représente l'existence. l'existence est-elle nécessairement un poids pour tout être ? peu importe – ou peut-être est-ce très important – car je n'ai aucune prétention de répondre à cette question. l'écriture a toujours été mon soulagement. cette petite fille, elle, qui est toujours moi, griffonnait sur des feuilles et les montrait à son père, dans l'espoir d'entendre qu'elle s'était enfin traduite de cette manière, la seule apte à rendre compte d'une sensation d'inadéquation très présente. une sensation de poids.

l'existence est-elle nécessairement inadéquate pour celui qui vit dans l'espoir de se soulager de son poids ?  pas à tout instant, et béni soit le caractère multiple du cumul du temps mesurable, ce temps qui, isolé, est possiblement la plus lamentable création humaine. "tout existe", dit-on. ou peut-être l'a-t-on écrit, je ne m'en souviens plus. je n'ai jamais appris à ne pas percevoir la totalité comme un poids. ce n'est pas pour cela que j'écris, mais peut-être le poids de l'existence est-il le premier grand élan d'une soi-disant création littéraire, d'un commencement de poïesis ; non pas le motif poétique, mais sa motivation. il est curieux d'avoir comme motivation ce qui pèse autant. il est curieux de le sentir dans le corps. celui qui pèse. celui qui est le témoin inévitable de la faculté perverse d'exister.

je regarde autour de moi et je me perçois existante. j'ajoute au cosmos ; il n'y a pas de doute : j'ajoute au cosmos. c'est l'un de ces cas où l'impossibilité de choisir est flagrante : elle nous crie sans respecter les limites de la proximité avec le visage. l'existence accepte, tout en ne respectant pas les limites de mon visage. je me perçois voyante/visible, je me vois en état de rétribuer ce qui me pèse. c'est peut-être cela, justement, la dialectique du soulagement. tout ce à quoi je participe existe parce qu'à chaque moment s'imprime le palpable. ce poids que l'on peut toucher. ce poids existe, car il ne peut pas se conformer. il ne pourrait jamais se conformer. ce désir amer de transformer l'existence autant qu'elle me transforme. de me venger de cette existence, qui est partout et continue d'être, malgré moi.

oh mon poids, mon immense soulagement.